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La danse contemporaine : définition, histoire et pratique

Publié le - Dernière mise à jour :

La danse contemporaine est un style de danse né après la Seconde Guerre mondiale, qui refuse le vocabulaire codifié du ballet classique pour construire son mouvement à partir du poids, du sol et de l'improvisation. Chaque chorégraphe y invente sa technique, et elle se pratique pieds nus, en cours ou en conservatoire.

Duncan, Graham, Cunningham : une filiation claire

  • Ce n'est pas un style unique mais un ensemble de démarches artistiques d'auteur : deux cours de danse contemporaine peuvent avoir très peu de gestes en commun, chaque chorégraphe ayant construit sa technique.
  • La filiation est claire : danse libre d'Isadora Duncan, danse moderne américaine de Martha Graham, puis rupture de Merce Cunningham qui sépare la chorégraphie de la musique.
  • Un cours type enchaîne préparation corporelle au sol, traversées dans l'espace, improvisation guidée et courte composition chorégraphique, sans chaussons ni barre.
  • En France, enseigner cette discipline contre rémunération suppose le diplôme d'État de professeur de danse, institué par la loi du 10 juillet 1989 pour trois disciplines seulement.

Ce que recouvre exactement la danse contemporaine

Le terme désigne moins une technique qu'une position : celle d'un art qui considère chaque pièce comme une recherche neuve plutôt que comme l'application d'un vocabulaire hérité. Là où la danse classique repose sur un lexique fixé depuis le XVIIe siècle, avec ses cinq positions et ses noms français employés dans le monde entier, la danse contemporaine part du corps disponible et invente les moyens dont la pièce a besoin. Cette absence de modèle explique l'impression d'étrangeté ressentie par une partie du public : il n'existe pas de grille de lecture unique, parce qu'il n'existe pas de forme de danse unique derrière ce nom.

Quelques traits reviennent pourtant d'un studio à l'autre. Le poids du corps est assumé plutôt que dissimulé : on tombe, on roule, on se relève, là où le ballet cherche l'illusion de la légèreté. Le rapport au sol est central, et le mouvement y descend aussi souvent qu'il y monte. Les pieds ne sont pas systématiquement en rotation externe. La respiration et le regard font partie du travail au même titre que le geste. Le transfert d'énergie et la fluidité du passage d'un appui à l'autre comptent davantage que la forme finale. Enfin, la musique n'est plus obligatoirement un support : elle peut arriver après, ou pas du tout.

Il faut distinguer trois mots que l'usage courant confond. La danse moderne désigne le courant américain et allemand de la première moitié du siècle. La danse contemporaine désigne ce qui vient après, en rupture avec ce courant lui-même. Le modern jazz est une troisième voie, née de la rencontre entre ce courant et les musiques afro-américaines, avec une pulsation et un rapport au rythme bien plus marqués. Un cours de modern jazz et un cours de contemporain ne se ressemblent pas.

Une évolution qui commence avec la danse libre

De la danse libre à la danse moderne

Au tournant du XXe siècle, Isadora Duncan danse pieds nus, en tunique, sur des musiques qui n'ont pas été écrites pour la danse. Elle rejette le corset, les pointes et la virtuosité comme fin en soi. Cette danse libre ouvre une brèche : le mouvement peut venir de l'émotion et de la respiration plutôt que d'un code appris. En Allemagne, Rudolf Laban et Mary Wigman engagent au même moment un travail sur l'espace et sur la qualité du geste dont l'analyse du mouvement se sert encore aujourd'hui.

La génération suivante transforme cette intuition en techniques transmissibles. Martha Graham bâtit un système fondé sur la contraction et le relâchement partant du bassin, avec un vocabulaire d'exercices au sol que l'on enseigne toujours. Doris Humphrey et José Limón travaillent la chute et le rebond. Ce courant américain possède ses écoles, ses compagnies et son répertoire ; il est devenu, à sa manière, aussi codifié que ce qu'il combattait.

La rupture d'après la Seconde Guerre mondiale

C'est contre cette codification que naît la danse aujourd'hui nommée contemporaine. Merce Cunningham, formé chez Graham, pose deux principes qui changent tout : la danse n'a pas à raconter une histoire, et elle n'a pas à suivre la musique. Avec le compositeur John Cage, il fait coexister chorégraphie et partition écrites séparément, réunies le soir de la représentation. Merce Cunningham introduit aussi le tirage au sort dans la fabrication de ses pièces, pour échapper à ses propres habitudes de composition. Sa compagnie, fondée en 1953, formera plusieurs générations d'interprètes et de créateurs.

À New York, le Judson Dance Theater rassemble à partir de 1962 des artistes qui poussent la logique plus loin encore : Trisha Brown, Yvonne Rainer, Steve Paxton. Marcher, porter un objet, monter un escalier deviennent des matériaux légitimes. Steve Paxton formalise en 1972 le contact improvisation, un duo fondé sur le point de contact et le partage du poids, qui reste l'un des outils les plus enseignés dans les studios. Alvin Ailey, de son côté, crée en 1958 une compagnie qui fait entrer dans cette danse l'héritage gospel et blues, et signe en 1960 Revelations, l'une des pièces les plus jouées au monde.

La nouvelle danse française

La France entre tardivement dans le mouvement, puis très vite. Carolyn Carlson, venue de la compagnie d'Alwin Nikolais, dirige à partir de 1974 un groupe de recherche à l'Opéra national de Paris et y forme des danseurs qui deviendront chorégraphes. Les années 1980 voient éclore ce que la critique appelle la nouvelle danse française : Maguy Marin crée May B en 1981 d'après Beckett, Dominique Bagouet installe une écriture d'une précision rare à Montpellier, Jean-Claude Gallotta travaille à Grenoble. L'État accompagne le mouvement en créant un réseau de centres chorégraphiques nationaux répartis sur le territoire, aujourd'hui une vingtaine.

En 1998, le Centre national de la danse ouvre à Pantin, en Seine-Saint-Denis. Ce n'est ni un théâtre ni une école mais un lieu de ressources : studios de répétition, formation, médiathèque, archives, au service de la culture chorégraphique. Son site documentaire et celui de Numeridanse donnent accès à des captations vidéo de pièces que l'on ne peut plus voir en salle, ce qui reste la meilleure porte d'entrée pour qui veut comprendre le répertoire sans réserver un billet.

Les chorégraphes dont les noms reviennent toujours

Connaître une dizaine de signatures suffit à s'orienter, car chacune correspond à une manière distincte de concevoir le geste. La danseuse et chorégraphe Pina Bausch fonde à Wuppertal en 1973 un Tanztheater qui mêle danse, parole, répétition obsessionnelle et décors envahis de terre ou d'eau ; son influence sur le théâtre européen dépasse largement la danse. Anne Teresa De Keersmaeker construit avec sa compagnie Rosas une écriture d'une rigueur mathématique, adossée à la structure des partitions qu'elle choisit. Angelin Preljocaj, installé à Aix-en-Provence, assume au contraire la narration et le grand format, y compris en reprenant des titres du répertoire du ballet.

D'autres démarches valent d'être citées pour mesurer l'écart entre elles. Alwin Nikolais fabrique un théâtre visuel où lumière, costume et corps forment un seul univers. Mathilde Monnier, qui a dirigé le centre chorégraphique de Montpellier puis le Centre national de la danse, travaille la relation entre danseurs et non-danseurs. Boris Charmatz interroge le musée, la mémoire et la foule, et dirige depuis 2022 la compagnie laissée par Pina Bausch. Aucun de ces chorégraphes n'enseigne la même chose ; c'est précisément ce qui fait la difficulté et l'intérêt de la discipline.

Ce que l'on travaille réellement en cours

Le sol, le poids et le release

La première séance surprend souvent par le temps passé allongé. Le travail au sol n'est pas un échauffement déguisé : il sert à sentir le poids, les appuis et le passage d'un niveau à l'autre. Le principe de release consiste à relâcher les tensions inutiles pour laisser le mouvement se propager d'un segment à l'autre, en s'appuyant sur la gravité au lieu de lutter contre elle. Roulades, spirales, chutes contrôlées et remontées font l'objet d'un apprentissage progressif, exactement comme les positions du ballet dans une autre discipline.

L'improvisation, qui n'est pas l'absence de règle

L'improvisation guidée occupe une place que les débutants n'attendent pas. Le professeur donne une contrainte, parfois très étroite : ne bouger qu'une partie du corps, traverser l'espace sans jamais s'arrêter, répondre au geste d'un partenaire. C'est un exercice de composition en temps réel, qui sert à explorer un matériau et à engager une écriture personnelle, pas un moment libre. Le contact improvisation ajoute la question du poids partagé et demande une écoute physique qui se construit sur plusieurs mois.

La composition chorégraphique

Beaucoup de cours consacrent leur dernier tiers à l'apprentissage d'une phrase créée par l'enseignant, puis à sa transformation : la faire à l'envers, la ralentir, la déplacer dans l'espace, la donner à deux. Cette étape développe la mémoire du corps et introduit les outils de la composition. Elle explique aussi pourquoi les danseurs formés dans cette discipline passent facilement d'un langage à l'autre : ils ont appris à apprendre un vocabulaire, pas seulement à l'exécuter.

Le déroulé d'une séance et ce qu'il faut prévoir

Une séance dure généralement entre une heure et une heure trente. Elle commence par une préparation corporelle au sol ou debout, se poursuit par des exercices de placement et de déplacement, puis par des traversées où l'on parcourt le studio en diagonale, et se termine par la phrase du jour. L'ordre varie selon les enseignants, certains commençant par une improvisation pour installer l'écoute du groupe. La qualité de l'échauffement conditionne la suite : le travail au sol sollicite fortement le dos, les épaules et les poignets.

Côté matériel, la réponse est simple et c'est un avantage réel de cette pratique. On danse pieds nus ou en chaussettes antidérapantes, dans un vêtement souple qui laisse voir les lignes du corps sans gêner les passages au sol. Ni chaussons, ni pointes, ni justaucorps obligatoire. Une bouteille d'eau, un vêtement chaud pour la fin de séance, et le vocabulaire de base suffisent ; le lexique du mouvement s'acquiert au fil des cours plutôt qu'avant de commencer.

Où pratiquer et comment choisir un cours

Pour suivre des cours de danse contemporaine, trois types de structures accueillent les élèves. Les conservatoires, classés par l'État, proposent un cursus structuré où la discipline figure aux côtés de la danse classique et du jazz ; l'inscription y suit un calendrier annuel et un tarif calculé sur le quotient familial. Les écoles associatives et les studios privés fonctionnent au cours ou à l'année, avec une souplesse plus grande et des niveaux souvent moins cloisonnés. Les centres chorégraphiques nationaux et les compagnies ouvrent enfin des ateliers ponctuels, parfois liés à une pièce en tournée : c'est la façon la plus directe de rencontrer le travail d'un chorégraphe.

Le repère le plus solide au moment de s'inscrire est le diplôme d'État de professeur de danse. La loi du 10 juillet 1989 l'a rendu obligatoire pour enseigner contre rémunération, et il n'existe que pour trois disciplines : la danse classique, le contemporain et le jazz. Cette exigence n'existe pas dans la plupart des autres pratiques corporelles. Demander la qualification de l'enseignant est donc légitime et prend dix secondes. Le second réflexe est d'assister à un cours d'essai : les approches diffèrent tellement d'un professeur à l'autre qu'un premier cours qui ne convient pas ne dit rien de la discipline elle-même. Pour aller plus vite, un stage sur un week-end permet de découvrir une écriture en profondeur, format apprécié des danseurs déjà autonomes.

Les débutants adultes sont plus nombreux qu'on ne le croit dans cette danse, parce qu'elle n'exige aucun bagage technique préalable et aucune souplesse particulière. Le choix du style se fait souvent après avoir essayé deux ou trois disciplines, et rien n'oblige à s'y tenir : beaucoup de pratiquants alternent contemporain et une autre forme de danse, du hip hop à la danse traditionnelle.

Voir des spectacles pour comprendre plus vite

Assister à deux ou trois pièces apprend davantage que n'importe quelle définition. À Paris, le Théâtre de la Ville, le Théâtre national de Chaillot et la Maison des arts de Créteil programment régulièrement des créations, et l'Opéra national de Paris invite des chorégraphes contemporains sur ses deux salles. En région, les scènes nationales et les centres chorégraphiques assurent la même mission, souvent à des tarifs plus accessibles. Les festivals concentrent l'offre sur quelques semaines, notamment à Montpellier en été et à Lyon une année sur deux.

Une règle simple pour une première fois : choisir une pièce courte, lire deux lignes de présentation avant d'entrer, et renoncer à chercher une histoire. Une pièce de danse contemporaine se regarde comme on écoute un morceau instrumental, en suivant les variations d'intensité, de vitesse et de rapport entre les corps, et l'émotion qui s'en dégage. L'expression corporelle et l'invention artistique y produisent du sens sans passer par le récit, et c'est cette liberté qui déroute au premier spectacle puis retient au troisième.

Se lancer en danse contemporaine sans passé de danseur

Faut-il avoir fait de la danse classique avant ?

Non. Aucune école n'exige un passé de danseur classique pour intégrer un cours de danse contemporaine adulte débutant. Une formation classique donne une conscience du placement qui aide, mais elle installe aussi des réflexes de tenue et de rotation qu'il faut ensuite défaire. Les enseignants accueillent couramment des adultes qui n'ont jamais dansé.

À partir de quel âge peut-on commencer ?

Les écoles ouvrent en général leurs cours de contemporain vers huit ou dix ans, après un cycle d'éveil et d'initiation. Avant cet âge, le travail au sol et la charge sur les articulations ne conviennent pas, et l'éveil corporel répond mieux aux besoins des plus jeunes. Il n'y a en revanche aucune limite haute : les cours adultes accueillent des débutants à tout âge.

La danse contemporaine est-elle physiquement exigeante ?

Elle est exigeante autrement que le ballet. Elle demande moins d'amplitude articulaire et davantage d'endurance, de gainage et de tolérance aux appuis au sol. Les zones les plus sollicitées sont le dos, les épaules et les poignets, ce qui rend l'échauffement moins négociable que dans d'autres disciplines. Aucune souplesse préalable n'est requise.

Quelle différence avec la danse moderne ?

La danse moderne est le courant historique de la première moitié du siècle, avec ses techniques constituées, dont celle de Martha Graham. La danse contemporaine est née en réaction à cette codification et refuse d'en constituer une nouvelle. Dans le langage courant des écoles françaises, le mot moderne renvoie d'ailleurs le plus souvent au modern jazz, ce qui entretient la confusion.

Combien de temps avant de sentir des progrès ?

Les premiers repères de placement et de coordination apparaissent en deux à trois mois à raison d'un cours par semaine. La mémorisation d'une phrase chorégraphique complète demande davantage, souvent une saison, parce qu'elle mobilise une mémoire du corps qui se construit lentement. Un stage intensif accélère nettement cette étape.

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